Néophobie alimentaire ? Pas de souci !

NÉOPHOBIE

Qu’est-ce que la néophobie ? C’est la peur de ce qui est nouveau. Ce n’est pas un caprice ! C’est la crainte, d’être empoissonné, de sortir de sa zone de confort, de grandir peut-être aussi et puis c’est la découverte de ses propres goûts. Oui, un enfant peut tout à fait aimer un aliment puis plus. Les goûts fluctuent, il faut à tout prix éviter de prendre pour acquis ses goûts et ses dégoûts.

Pour revenir à l’appréhension de la nouveauté : même l’adulte, qui a passé l’âge de cette néophobie alimentaire (ou « période blanche » comme l’appelait nos grands-parents, durant laquelle les repas se composent de riz-pain-pâtes-purée), se montre parfois réticent à goûter ce qu’il ne connait pas : qui n’a jamais eu un mouvement de recul devant des insectes ou des chips violettes (aux pommes de terre vitelotte) ? Cette réticence nous sommes nombreux à l’avoir et puis on se raisonne et on l’apprivoise.

Pour parvenir à apprivoiser ses appréhensions, on attend de grandir (la large et fluctuante période de la néophobie alimentaire s’amenuise aux alentours de 7 ans, naturellement), et on se fait accompagner dans la découverte des goûts par ses parents, son entourage au sens large.

Il n’est nul besoin de :

-forcer un enfant à manger un aliment. On va lui demander de le regarder, de le sentir, de lui faire un bisou, on peut lui demander de le lécher ; la fois d’après d’en croquer un morceau. On ne brusque pas l’enfant et on ne le force pas ; on lui donne envie de le mettre dans sa bouche.

-de faire du chantage : l’alimentation ne doit pas être une contrainte : on évite nos : « si tu ne manges pas de courgettes, tu seras puni. » L’enfant associerait repas à risque de punition, soit l’inverse de ce que l’on tente de lui inculquer : le repas simple, moment convivial, de découvertes gustatives.

-d’acheter uniquement ce qu’il aime : se serait arrêter de l’accompagner, arrêter de lui proposer de nouvelles découvertes gustatives.

Il est tout à fait normal qu’il préfère rester dans sa zone de confort en mangeant des choses simples à manger : des purées, des coquillettes, des compotes.

On peut en revanche partir de ce qu’il aime : si ce sont les coquillettes on les « pimpe » avec des dés de feta, des petits cubes de courgettes, des tomates cerises coupées et pelées (au début et selon la tolérance propre à l’enfant).

On essaie de toujours être un accompagnant sur les chemins de la découverte alimentaire :

-bienveillant (on est là pour lui donner envie, pas pour contrôler son assiette)

-à l’écoute de sa faim, de ses possibilités du jour (fièvre, fatigue)

-d’en faire un moment de partage, d’écoute, de jeux : « ça te fait quoi dans la bouche, sur ta langue, c’est plutôt sucré, salé ? tu aimes ? »

-patient : il faut parfois présenter jusqu’à plus de 8 fois le même aliment pour qu’il ait envie de le goûter et finisse-peut-être- par l’aimer.

-ne jamais se décourager

-être zen : nous voir anxieux qu’il avale de travers peut l’angoisser davantage encore et lui faire éviter à tout prix les morceaux. Il est toujours bénéfique en tant que parent de faire un stage de secourisme pour se rassurer et assurer.

-mettre plusieurs aliments en même temps sur la table pour qu’il ait l’impression de choisir. (Exemple : des carottes crues/cuites ; des tomates cerises ou une ratatouille…). Lui demander s’il veut déguster son riz chaud ou froid, grillé ou pas avec tel ou tel assaisonnement. On oublie souvent de se mettre à sa place : est-ce que j’aimerais manger du riz sans huile, sans beurre, tiède et sans aromates ?

-On fera attention aux aliments dangereux : saucisse « balls » qui peuvent être gobées et donc se bloquer. Il vaut mieux des aliments friables que l’on ne peut pas gober.

Que pouvons-nous faire pour l’accompagner au mieux dans cette découverte ?

-On l’habitue à la variété : dès la diversification : soit des gros morceaux, soit dans le biberon on met des légumes mixés dans le lait. (Allaitement = il a déjà des goûts différents dans le lait selon ce que la mère mange)

-Pour le familiariser avec les morceaux : on peut dans un premier temps épaissir les textures pour qu’il fasse un travail plus actif au sein de sa bouche.

Et s’il ne mange rien :

-Est-ce une baisse d’appétit ? Est-il malade ? A-t-il mal aux gencives ? A-t-il de la fièvre ? Comme tout un chacun l’appétit fluctue selon notre forme du jour.

-On vérifie sa courbe de poids avec le pédiatre. La néophobie alimentaire touche 75% des enfants, surtout entre 2 et 3 ans. On ne note pourtant pas que des courbes de croissance cassées.

-On garde en tête qu’il se régule lui-même sur les quantités, on lui fait confiance : on reste dans l’accompagnement, pas dans le contrôle.

-Je garde en tête que rien n’est acquis : il a pu détester les courgettes hier et peut-être qu’aujourd’hui il les adorera. Rien n’est fixe. Si je me dis « il n’aime pas, il n’aimera pas, il ne mangera pas », je finis par le projeter sur lui et en effet il ne mangera pas. J’essaie de toujours avoir un œil neuf sur le repas en question en oubliant le dernier qui a pu mal se passer ( ou pas comme je l’avais imaginé ) : « Tiens je t’ai préparé des courgettes, je les place sur la table, si tu en veux, sers-toi » et je place autre chose comme du concombre par exemple et idem : je lui propose.

-je le mets à l’action : au jardin, au marché, au supermarché : « tiens tu veux arroser les plants de tomates ? », « tu pourrais demander 3 pommes de terre au maraicher », « tu pourrais attraper le sac de carottes » ; et on les épluche ensemble. L’enfant a alors conscience de l’origine de l’aliment, de comment on le cuisine pour le sublimer et ainsi il se familiarisera d’autant plus avec l’aliment en question. Les aliments deviennent « ses copains qui lui veulent du bien. »

-on évite de cacher les légumes sous les pâtes, il risque de sentir la duperie et il appréhendera non plus uniquement de manger du vert, mais de passer à table.

-on le félicite d’avoir touché, puis senti, puis goûté. Si on lui demande de goûter un petit morceau, une fois qu’il l’a fait on le félicite et surtout on ne lui dit pas « allez, maintenant tu en prends un 2e morceau » mais on lui dit qu’il peut goûter un 2e morceau s’il le souhaite. La nourriture n’est pas le méchant loup ; l’accompagner c’est lui donner envie de le cultiver, le cuisiner, le savourer.

-on propose sans contrôler 

-On se rassure en vérifiant sa courbe de croissance satisfaisante (idéalement il doit rester dans son couloir de naissance : s’il est né au 23e percentile, on vérifie qu’il ne passe pas au 7e percentile, il s’agirait d’un décroché, d’une cassure de courbe) ; on vérifie aussi son attitude au quotidien : est-ce qu’il échange, rit, court, semble en forme ?

-je me rassure en me disant qu’il ne mange pas pour me faire enrager : oui, il est possible qu’il n’ait pas les mots pour nous dire son mécontentement sur un évènement récent et qu’il se serve de l’assiette pour nous le faire comprendre, mais les enfants ne sont pas de grands manipulateurs ; il a bien souvent simplement peur d’aller vers l’inconnu et il attend non pas qu’on le force mais qu’on l’accompagne, le rassure, le félicite, lui donne confiance pour y aller, avec lui.

-Globalement, les enfants ne se laissent pas mourir de faim, on peut avoir l’impression qu’ils ne mangent rien, alors qu’ils ont pris 2 bols de lait, du pain des fruits au goûter etc. 

Bref, il s’agit d’un passage vers son alimentation d’adulte que l’on doit accompagner avec douceur, avec le moins d’angoisse possible en l’écoutant et en lui proposant systématiquement des aliments différents le plus souvent possible et ainsi on lui ouvre le champ des possibles de la grande découverte du goût.

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