À propos

Partage de parcours, d’espoir, d’astuces et de saveurs

 

La cuisine, ma guérison

 

Des débuts sportifs

 

« Je remporte un tournoi (…) L’année qui suit (…) C’est le début des complications de ma petite vie (…) Jamais je ne serais parvenue au marathon de mes rêves. »

Mon premier souvenir sportif remonte à mon premier footing à l’âge de sept ans. Je prends un plaisir indescriptible. Fluides, mes enjambées suivent mon souffle, plus jamais je ne m’arrêterai. J’irai au bout… je pousserai mon corps à bout.

Je cours dès que je le peux : sur la plage, l’été, face au soleil couchant, l’hiver dans un parc ou au milieu des pots d’échappement sous la pluie, c’est ma façon de communiquer avec mon corps. C’est du moins ce que je ressens à l’époque, une parfaite harmonie qui n’est finalement que le dressage de ce corps.

En parallèle je joue beaucoup au tennis. Je ne suis pas douée mais à force d’efforts, d’heures passées à m’entraîner à faire rebondir la balle contre un mur, à jouer contre des jeunes bien meilleurs, mon coup droit finit par ressembler à quelque chose de bien frappé. Je remporte un tournoi et ce sera l’unique. L’année qui suit je me blesse au dos, on décrète une scoliose, et m’oblige à porter un corset. C’est le début des complications de ma petite vie.

Je suis privée de tennis, je cours alors encore davantage, avant l’école, strappée au genou droit, puis au genou gauche. Peu importe, tant que j’y prends du plaisir.

Il s’agissait d’un plaisir de lutte et de puissance, même si je me blessais de plus en plus fréquemment.

Je passais des heures chez le kinésithérapeute en rééducation pour toutes sortes de maux musculo-squelettiques. Jamais je ne serais parvenue au marathon de mes rêves.

Et puis à seize ans mes douleurs de dos empirent au point de ne plus pouvoir m’asseoir. Je souffre terriblement, on me fait passer des tas d’examens, on ne trouve rien de particulier mais on m’injecte toutes sortes de produits. C’est finalement un ostéopathe qui en trois mouvements me remet la hanche en place (cause de mes maux de dos). Je revis, je recours avec encore davantage de joie.

Ma vie reprend son cours, je suis heureuse, je m’amuse comme une enfant de seize ans, je vis un an en Angleterre, c’est l’année la plus légère de ma vie.

Des douleurs qui s’installent

« Je termine mon dernier tour de parc pleurant de souffrances et de rage. Je sais que ma vie ne sera plus jamais la même. »

Je rentre passer mon bac, entre en faculté de droit, continue mes nombreux footings mais je sens que quelque chose cloche. Mes douleurs sont insupportables et incontrôlables. Je termine mon dernier tour de parc pleurant de souffrances et de rage. Lucide, je sais que ma vie ne sera plus jamais la même.

On décrète qu’il faudra opérer ma hanche gauche quand la douleur sera suffisamment insupportable. Oui, c’est bien le champ lexical employé avant toute opération : « Êtes-vous au fond du fond du seau ou avez-vous encore une marge de douleur supportable ? ». Je juge ces questions dénuées de sens. Qui prend le temps d’aller voir un chirurgien, de supporter les mois d’attente, les queues interminables, les rendez-vous expéditifs s’il n’est pas au fond du seau (physiquement parlant) ? La question à poser devrait plutôt être celle de savoir si le patient a tenté de se soigner par lui-même en mangeant, en s’étirant, en apprenant à respirer, en ayant essayé les médecines alternatives telles que l’ostéopathie ou l’étiopathie.

En effet, je ne suis pas contre les médecines dites conventionnelles. Il est fort probable qu’il me faudra changer ma deuxième hanche, raboter mes pieds, mais je n’attendrai pas l’atteinte de mon seuil maximal  de douleur pour prendre rendez-vous avec mon chirurgien. J’irai quand je sentirai au fond de moi que mon alimentation et mon étiopathe ne suffiront plus. Nuance.

Bref, suite à l’annonce catastrophique du chirurgien, je fais de la rééducation qui m’abîme encore davantage : en moins de 10 mois l’histoire est pliée : je ne peux plus me déplacer sans boiter : on opèrera finalement la hanche droite. On la remplacera par une sublime hanche en plastique. Après avoir tant souffert de cette articulation mais également des effets secondaires de la morphine je suis excitée à l’idée de cette opération.

L’opération de la renaissance ?

« Je pense aller mieux (…) parce que je refuse de ne pas aller bien (…) Et puis, je recommence à cuisiner. »

Pourtant dès le lendemain de l’opération l’excitation retombe, je souffre et mon corps ne supporte plus les antalgiques. Je finis malgré tout par rentrer chez mes parents.

Aucun délai n’est respecté : je devais reconduire rapidement, marcher sans béquille encore plus vite. Mais rien ne se passe comme prévu. Je fais 4 ans de rééducation quand on ne m’en avait pas initialement prescrit. Et mes maux de ventre apparaissent. Moi qui avais pour seconde passion-après le sport- la cuisine, je ne peux pas voir la vérité en face. J’imagine que c’est un stress post-traumatique. Même si on me maintient que c’est normal [1] après une opération qui ne s’est pas aussi bien passée que prévue, je décide de prendre les choses en main et fais deux séances d’EMDR ( Eye Movement Desensitization and Reprocessing). Je pense aller mieux principalement parce que je refuse de ne pas aller bien.

Je reprends la faculté dans la douleur (articulaire et digestive). Mais peu importe, jusqu’à ce que je perde mon appétit. Suite à une biopsie on détecte une intolérance alimentaire et plusieurs ulcères dus aux anti-inflammatoires dont on m’a conseillé d’abuser. Ils sont bien pratiques, ils camouflent les douleurs articulaires mais des années après, je souffre encore des traces qu’ils m’ont laissées.

Bref, comme tout nouvel intolérant déclaré, je me rue sur tous les substituts à base de farine de maïs, je fais donc une intolérance croisée. Et puis je recommence à cuisiner, sans maïs, sans gluten et sans lactose, donc. Je commence à reprendre goût à mes plaisirs d’antan, je cours, joue au tennis jusqu’à ce que mon corps un 12 Mars 2016 ne puisse plus avancer et me fasse terriblement souffrir. Cette date était aussi celle d’un anniversaire auquel je tenais particulièrement à me rendre. Il n’en sera rien. Il faudra me porter, m’aider à m’habiller et parfois même à manger tant mes mains ne supportent plus le poids de la moindre fourchette.

Je finis par comprendre qu’il y a quelque chose de profond qui cloche. On teste un premier traitement qui me redonne une certaine mobilité mais m’empêche d’avaler le moindre aliment sans brûlure. Nous prenons la décision de l’arrêter même si ses effets sont miraculeux sur ma gêne articulaire. Mais entre marcher et manger, je préfère encore manger ! Je dois revoir le médecin pour un nouveau traitement. Entre temps je suis amenée chez un étiopathe qui maitrise ma maladie (une sorte de spondylarthrite ankylosante). Et après des nuits passées à faire des recherches sur les traitements possibles pour ce genre de maladie je comprends que si je choisis de me traiter il me faudra le faire toute ma vie durant, en prenant le risque que mon corps s’habitue aux injections et autres réjouissances. J’ai alors 25 ans, la vie devant moi, je sais que si je ne décide pas aujourd’hui de me soigner en profondeur je ne le ferai plus jamais. Parce que les médicaments ne soignent pas, ils stabilisent la maladie. À mon sens, et cela n’engage que moi, ils camouflent ils font taire ce corps qui souffre.

Encouragée par la confiance gagnée par mon étiopathe, je décide d’annuler le rendez-vous médical pris pour me soigner en écoutant mon corps, ce que je n’ai jamais su faire.

Je l’ai dressé par le sport, j’ai fait preuve à son égard d’une incroyable exigence, je trouvais mon plaisir dans son obéissance à mes désirs toujours plus compétitifs. Mais je suis prête, je sais que le chemin sera long et probablement en dent de scie mais qu’ai-je à perdre ? En tout cas j’ai une santé à retrouver.

L’étiopathe que je rencontre semble très optimiste, il faut dire que même si mon parcours est marqué par des tâtonnements, des errances médicales, des flous, je m’y suis prise relativement tôt. Il ne me soigne pas à proprement parler mais me guide sur le chemin de la guérison. Il m’aide à recoudre chaque tissu de mon corps abimé.

La guérison en “do-it-yourself”

Cela fait aujourd’hui 6 mois que je me soigne moi-même sans aucun médicament. Je suis simplement suivie une fois par mois par mon étiopathe, je savoure chaque recette que je partage, j’entretiens mes muscles et m’étire tous les jours.

Bien sûr il m’arrive encore d’avoir quelques crises douloureuses, mes petites piqûres de rappel.

Mon corps m’aide à savoir ce que je peux faire, quand, comment, il me donne les clés de la guérison. Il m’aide à l’apprivoiser. Et entre nous, je crois que le courant finit par bien passer entre lui et moi, bientôt nous ne ferons plus qu’un.

Ce n’est pas si rare de tomber sous le charme de son ennemi d’antan !

Que j’ai pu le détester ce corps, cet amas de souffrance et de désobéissance. Et pourtant, après avoir été contrainte à l’écouter et à l’apprivoiser je lui suis d’une éternelle reconnaissance.

Je ne me suis jamais aussi sentie en phase avec la petite Pauline que j’étais enfant. Mes choix n’ont jamais été aussi instinctifs. Mes joies jamais aussi profondes. Je ressens avec mon corps. Je ne suis pas dans la survie mais dans la vie, pleine et entière.

Mes astuces

En cas de crise, j’applique de l’huile essentielle (HE) de menthe poivrée sur les articulations pour anesthésier un peu la douleur (s’il s’agit de douleurs digestives j’utilise de l’HE d’estragon, basilic, cannelle de chine mélangées à une huile végétale : argan par exemple, et je masse la zone douloureuse) ;

Je pose des blocs de glace sur mes articulations ;

Je vapote une cigarette électronique à base de cannabinoide (CBD) à moins de 0,2% de THC donc légale. (Marque : Kanavape. Je tiens d’ailleurs à remercier les ingénieurs qui l’ont mise au point et les journalistes de Vice pour l’avoir évoquée. Cette marque ayant disparu j’ai refait mes stocks grâce à la marque suisse : Cannaliz.)

Je respire, j’écoute une playlist qui me fait du bien, je lis ou regarde une émission qui m’évade.

 

Pourquoi le résumé de mon parcours : partage de cuisine-plaisir

Parce-ce que je m’oppose à l’excès des régimes « sans », du sport à outrance or lorsque j’ai commencé à poster mes recettes, j’ai été principalement « suivie » par des accros aux smoothies bowls et aux abdos/fessiers.

Ma cuisine est avant tout une cuisine de pleine conscience et de saveurs. Il s’agit d’une cuisine de guérison et de plaisir. L’objectif recherché est de pouvoir cuisiner et savourer pleinement c’est-à-dire au moment de la préparation puis lors du repas et plus tard lors de la digestion même quand on est « malade ».

Il ne s’agit pas de mettre la population au vert, aux détox et autres purifications.

En revanche, cette manière de s’alimenter permet de prendre conscience que chaque fois que l’on fait ses courses on fait un choix.

Celui d’opter pour des produits de saison ou pas, locaux ou pas, raffinés ou pas. Peu importe tant que le choix est fait en pleine conscience. C’est-à-dire qu’au moment où j’achète ce pot de Nutella je suis conscient que je ne vais pas soigner mon corps et que je ne vais pas contribuer à la bonne économie locale, mais si j’en ai profondément envie, pourquoi s’en priver. Manger en se soignant c’est aussi se faire plaisir !

Trois mots résument ces pages, photos et articles : la guérison par l’alimentation-plaisir dans le cadre que mon corps m’impose aujourd’hui c’est-à-dire sans gluten, sans lactose, low fodmap et sans maïs.

« Aujourd’hui », parce qu’il est fort probable que je puisse un jour savourer un croque-monsieur maison avec une belle tranche de jambon du charcutier du quartier, avec un pain du super boulanger du coin et un morceau de comté de la fromagère d’à côté !

Sans oublier un petit verre de vin rouge naturel, mais ça j’en profite déjà ! J

En effet, je suis persuadée que petit à petit, reconstruction après reconstruction de mes tissus, je pourrai savourer de nouveau ces aliments qui à défaut de me soigner me remplissent d’un immense plaisir !

Pourquoi un site

« Pourquoi ne finis-tu pas ta thèse Pauline ? La cuisine ça peut attendre ! »

Je suis assez friande de critiques constructives surtout lorsqu’il s’agit de la manière d’entamer ces prochaines années.

À cette question récurrente (que je me posais aussi à moi-même), j’ai pris l’habitude de répondre par une analyse assez pragmatique mais au-delà de tout cela, au-delà même du plaisir que je prends à être en cuisine, à toucher, sentir, rechercher, la vérité réside en un seul sentiment qui ne trouve aucune explication. La justesse. Je fais de la cuisine parce qu’aujourd’hui et maintenant c’est ce que je ressens comme juste.

Il me semble aussi que la première des choses que je souhaite transmettre n’est pas celle de développer son exploitation viti-vinicole (thème du sujet de thèse) mais celle de guérir en mangeant. Je ne dis pas qu’en mangeant comme je le fais il n’y aura plus aucune spondylarthrite ankylosante galopante, aucune prothèse de hanche ni aucune intolérance alimentaire. Mais si cette manière de vivre me permet de :

-ne pas prendre un seul médicament

-donner des cours de sport

-me faire plaisir en mangeant

-de gagner en énergie

Pourquoi cela ne fonctionnerait-il pas sur d’autres ? Ça vaut le coup d’essayer, non ?

En tous cas je ne pouvais pas garder toutes ces expériences et ressources pour moi seule, alors je vous présente sur ce site quelques-unes de mes recettes.

Elles ne sont que le fruit de mes expériences, à vous de jouer avec, d’en modifier le fond, la forme, faites-vous plaisir ! 

Allez, c’est parti les kikis ! En avant Simone, let’s go, à nos fourneaux !

 

 

plan-travail-sale

[1] Je n’ai jamais compris ni accepté la notion de normalité. Elle se comprend comme la conformité à une norme sociale. Il serait alors normal, conforme de mal se remettre d’une opération ? Il serait alors normal de rester passif face à tant de douleurs ? Puisque la normalité est forgée par une attitude sociale, il serait temps de la faire changer, n’est-ce pas ? Afin d’inciter de manière systématique les souffrants à ne pas supporter tant de douleurs. D’inciter à l’action, à l’adaptation, sans résignation.