Cannabidiol, ce héros de cannabinoïde

Afin d’entrer dans le vif du sujet de la manière la plus concise possible, en France, il est interdit de détenir et de consommer toute drogue.[1]

Lorsque l’on feuillette la version consolidée du 10 octobre 2017, de l’arrêté de l’ANSM, du 22 février 1990, fixant la liste des substances classées comme stupéfiants, le cannabidiol (CBD) n’y est pas répertorié. [2] Le CBD n’est donc pas considéré comme une drogue. Le CBD est légal.

De plus, à la lecture des règlements européens sur le chanvre, on retient que l’usage de cannabis est interdit, sauf si son taux de tétrahydrocannabinol (THC) est inférieur à 0,2%.

Donc tous produits contenant du CBD tels que les e-liquid, l’herbe, les cristaux, les huiles, sont légaux à condition que leur taux de THC soit bien inférieur à 0,2%.

Cannabis, chanvre, CBD, THC, c’est à ne plus rien à comprendre !

Le cannabis contient environ 60 cannabinoïdes dont, les plus connus, le CBD et le THC.

Le THC a un effet psychotrope. Il est illégal. Le CBD est un anti-inflammatoire sans effet psychotrope. Il est légal.

Le cannabis au taux inférieur de 0,2% est appelé chanvre. Il est légal.

Dans de nombreuses pathologies, il est nécessaire de coupler CBD et THC afin d’optimiser l’effet anti-inflammatoire du cannabis.

Mais les seuls effets du CBD peuvent, parfois, et c’est mon cas, suffire à calmer les crises douloureuses. Il est donc légal d’utiliser du cannabis (à condition qu’il soit dosé à moins de 0,2% de THC) pour atténuer ses douleurs.

Et il est même possible de choisir la manière de le faire (en le fumant, le vapotant, l’ingérant…).

Lorsque l’on se frotte au sujet du cannabis il est indispensable de savoir dans quelle « case » nous nous situons.

J’en répertorie trois distinctes.

Tout d’abord, le cannabis le plus commun, contenant à la fois du CBD mais également et surtout un fort taux de THC le rendant illégal. Il a un effet planant recherché, et est détectable par test salivaire.

Vient ensuite le cannabis médical dosé en THC et en CBD. L’effet anti-inflammatoire des deux cannabinoïdes couplés est recherché. Il a un effet psychotrope dû au THC. Il est illégal excepté pour la sclérose en plaque. Depuis 2014, un spray buccal, le Sativex, est autorisé sur le marché. Mais il ne semble pas être encore commercialisé. Pour le reste, cette seconde catégorie demeure illégale.

Ces lignes n’ont pas vocation à démontrer ô combien il serait temps de se pencher, non pas uniquement sur la dépénalisation du cannabis, mais sur la légalisation du cannabis thérapeutique.

Pourtant, je ne peux poursuivre sans faire part de mon indignation face à l’illégalité dans laquelle grand nombre de souffrants se trouve.

Et plus encore que le risque encouru lors de l’achat, de la détention et de la consommation de cannabis à visée thérapeutique, ces personnes n’ont d’autre choix que de demander conseil à un médecin en ligne. [3]

Je pense au parcours de ces gens-là ; comment sont-ils arrivés au constat que les médicaments qu’ils avalaient au quotidien ne leur convenaient plus ? Comment sont-ils arrivés à se demander si le cannabis ne les aiderait pas à atténuer leurs maux ? Comment ont-ils atterri sur ce site-là ?

Je vois des gens en souffrance d’un courage inouï. Des gens qui, à un moment donné, ont compris qu’il leur fallait faire un choix, celui de se soigner à leur manière, prêts à prendre le risque d’être poursuivis. Poursuivis pour continuer à vivre de la manière la plus digne possible.

Au-delà du risque pris pour atténuer leurs douleurs, ces malades souffrent d’un manque d’écoute mais surtout de conseil avisé en matière de dosage et de qualité.

Lorsque nous décidons de nous tourner vers ce type de traitement naturel, nous faisons face au mépris des seuls personnes à mêmes de nous aiguiller.

Atteinte d’une maladie articulaire j’ai tenté à plusieurs reprises d’obtenir des informations, en terme notamment de dosage, auprès de médecins, pharmaciens, addictologues, chercheurs… En vain.

J’ignore si c’est le peu d’information, le peu de recul ou le tabou sociétal qui les empêche de répondre.

Nous faisons alors face au jugement du corps médical mais également à celui des biens pensants, effrayés à la seule prononciation du mot cannabis. Vous aurez beau leur expliquer que vous vous trouvez dans la légalité, ces derniers ne boiront pas toutes vos paroles, et leur doute, quant à vos discours, sera flagrant.

Pourtant, puisque le simple fait de vapoter du CBD suffit à calmer mes douleurs, je me trouve bien dans le domaine du légal. Et c’est peut-être ce qui dérange les fumeurs de joints classiques qui ne comprennent pas toujours pourquoi : (je) « m’embête(s) à rechercher de la « beuh » sans THC ». Car : « tant qu’à fumer, autant en ressentir les effets ». Et bien non. Je n’ai pas besoin, ni envie, de « planer à quinze mille », j’ai juste besoin de moins souffrir. Et mon bonheur, mon côté léger, se trouveront dans cette ataraxie. J’ai besoin d’être pleinement moi-même, par moi-même pour moi-même, je n’ai nullement envie qu’une molécule ingérée vienne faire écran à mon moi profond.

Pourtant, Dieu sait s’il aurait été plus simple de fumer, comme tout le monde, des joints classiques de cannabis. Autrement dit, des joints au fort taux de THC, aux effets psychotropes, donc.

Je suis donc, en plus d’être une handicapée invisible, une « entre-deux », je suis une fumeuse « entre-deux ». Une fumeuse-ou plutôt vapoteuse- de cannabis, mais sans THC.

Les produits légaux dosés en CBD au taux inférieur à 0,2% de THC sont variés :

Tout d’abord il existe de l’herbe : la marque CBD420 en fournit : il s’agit de la « Blue dream ». Elle est dosée à 11% de CBD, et au taux de THC inférieur à 0,2%. Elle est donc légale.  

Cependant, son odeur ne se distingue pas de celle d’un joint classique. Rien ne m’évitera une nuit en garde à vue. Mais il semblerait que bientôt je pourrai bénéficier d’une simple contravention se chiffrant aux alentours d’une centaine d’euros. Quelle joie ! Quel soulagement d’avoir la possibilité de payer une amende pour fumer une herbe légale dont l’importation n’aura déjà pas été facilitée[4]. Il me semble que l’expression de double peine peut ici être posée.

Viennent ensuite les e-liquid qui contiennent du propylène glycol et du CBD. Leur taux de THC étant inférieur à 0,2%, ils sont légaux.

Kanavape en fournissait avec un V-pen adapté.

Marisol Tourraine en 2014 était déjà opposée à l’entrée de Kanavape sur le marché français : «Je suis opposée à ce qu’un tel produit puisse être commercialisé en France» parce que «cela constitue une incitation à la consommation de cannabis», qui est«potentiellement répréhensible par la loi», expliquait-t-elle alors sur RTL.

Les cartouches de Kanavape ont malgré tout pu être légalement commercialisées en France jusqu’à ce qu’un procès soit intenté contre ses fondateurs.

Il est aujourd’hui requis dix-huit mois de prison avec sursis et une amende de 15.000 euros contre les deux fabricants de cette cigarette électronique qui m’a, peut-être pas sauvé la vie, mais permis de vivre sans traitement médicamenteux lourd, que mon corps ne supportait plus.

Ils sont accusés d’avoir présentés leur cigarette électronique, contenant du e-liquid dosé en CBD (environ 5%), comme un médicament aux effets relaxants. Quand certaines études démontrent le lien entre la prise de Stilnox et la maladie d’Alzheimer, on se demande comment il est possible que des laboratoires puissent défendre les effets endormissants de tels médicaments, sans risquer la peine de prison avec sursis.

Bref, il s’agissait d’une e-cigarette légale qui, on ne peut le nier, permet de diminuer les douleurs- qu’elles soient articulaires, digestives, menstruelles, crâniennes- si bien qu’elle détend.

Que suis-je alors en train de risquer en affirmant que cette e-cigarette- accompagnée de mes séances étiopathiques- est mon seul et unique remède à ma maladie articulaire ? Elle me permet d’atténuer mes douleurs sans me faire perdre ma capacité à mener à bien mes activités. Elle est discrète autant en terme de forme que d’odeur et ne m’a, par conséquent, jamais été confisquée par aucune douane aéroportuaire.

Lorsque j’ai découvert que Kanavape ne pouvait plus commercialiser ses produits, l’été dernier, la crainte du retour d’une douleur non maitrisée m’a affolée. Après de nombreuses heures de recherches sur le web, j’ai décidé de me tourner vers son concurrent Suisse : Cannaliz, qui vend, entre autres, le même genre de e-cigarettes discrètes. Mais importer des cartouches suisses n’a pas le même coût ! Récupérer un colis de huit cartouches me coûte trente euros de taxes. En période de crise douloureuse intense, il m’arrive de vapoter une cartouche en deux jours.

Suivre le protocole qui m’était conseillé aurait coûté une fortune à la sécurité sociale : rendez-vous chez le rhumatologue, scanner, prises de sang, radios, traitements en tous genre : pour diminuer l’inflammation mais également contre-balancer les effets secondaires de ces traitements.

Lorsque je fais mes achats en traitement à base de CBD sur internet, je fais le choix de me soigner de la manière la plus naturelle possible. Mais je le fais sans conseil, je le fais en perçant mon porte-monnaie, je le fais en prenant le risque que la douane bloque mes colis.

J’imaginais que le procès Kanavape aurait ouvert un réel débat sur le cannabis médical et notamment sur le CBD.

L’effet inverse est en train de se produire. Depuis plusieurs semaines, les contrôles douaniers sont resserrés, plus que jamais mon avenir sans douleur est incertain. Car s’il est question de dépénaliser (et non pas légaliser) la consommation de cannabis, rien n’empêcherait le législateur de faire basculer le cannabis sans THC dans le même panier. Si cela arrivait, deux issues me seraient alors proposées : suivre un protocole médicamenteux remboursé par la sécurité sociale aux considérables effets secondaires, ou déménager au plus près : en Suisse, en Espagne ou au Royaume-Uni, par exemple.

Bref, Cannaliz vend des cartouches pré-remplies dosées à 5%, 7%, 18% de CBD. En théorie elles sont toutes légales mais hier déjà il était impossible d’ajouter les cartouches de 18% de CBD à un panier français et celles à 7% sont aujourd’hui logées à la même enseigne.

Les réponses de l’entreprise à mes interrogations ne m’ont pas convaincue d’autant plus que ce changement soudain intervient quelques jours après l’annonce des peines encourues par Kanavape. Pourtant, le dosage du CBD n’a aucune raison d’être en cause…

Il existe également de l’huile de CBD, légale à mettre sous la langue. Il semblerait qu’elle soit davantage utilisée en traitement de fond. Elle est légale et je ne l’ai pas essayé car elle mettrait davantage de temps à faire effet avalée que vapotée. Or j’utilise le CBD comme traitement lors de crises douloureuses uniquement et ne souhaite pas alors habituer mon corps à un traitement de fond.

Il existe également des cristaux de CBD, légaux donc, à mettre dans un gâteau, ou dans un vaporisateur. Je crains qu’il s’agisse-là d’un travail de petit chimiste, auquel bientôt peut-être je m’essaierai.

CBD 420 est également sur le point de commercialiser une sorte de baume du tigre au CBD. J’attends ses retours avec impatience ! Si seulement il pouvait suffire d’appliquer cette wax sur mes articulations pour atténuer mes douleurs, avouez que cela me faciliterait grandement la tâche qui est la mienne, soit soigner ce petit corps enflammé.

J’affirme donc qu’il est possible de bénéficier légalement d’une partie des effets anti-inflammatoires du cannabis par le biais du CBD. Cependant, le tabou sociétal doit être levé, sa légalité rappelée, et le débat sur le cannabis thérapeutique, ouvert !

Récapitulatif :

Cannabis récréatif :
 

THC + CBD

Illégal

 

Cannabis thérapeutique :
 

THC + CBD

Illégal excepté pour les malades de sclérose en plaque (médicament autorisé depuis 2014 mais non commercialisé : le Sativex).

 

Cannabis légal :
 

CBD.

THC < 0,2%

 

Formes :

Herbe

E-liquid

Huile

Cristaux

Wax

Etc.

 

 

[1] Articles L.626, L.627, R.5149 et suivants du code de la santé publique sur la détention et l’usage de drogue, notamment.

[2]http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/39b3fca89253a8135c54b91348e303d8.pdf

[3] https://www.alchimiaweb.com/blogfr/consultations-cannabis-therapeutique/

[4] Paiement par virement bancaire avec raison sociale explicite, taxes colossales, contrôles douaniers resserrés. Un parcours sous surveillance pour un produit légal…

 

Conseils de lectures :

 

Règlements européens sur le chanvre.

http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/ALL/?uri=CELEX%3A32000R2860

http://vih.org/documents/swaps60.pdf

https://www.ata-journal.org/articles/ata/pdf/2003/03/ata20033p190.pdf

 

 

 

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