Petite révolte et dose de cannabinoïde  

Il serait peut-être temps que je m’offre la Rolls des vaporisateurs de poche soit : le Mighty. Contrairement aux V-Pen classiques qui sont remplis de E-Liquid, le Mighty peut s’utiliser avec de l’huile ou des plantes.( …) Ce gros machin qui risquerait de me coûter une nuit au poste.

Cela me rend folle.

Je rentre tout juste d’un rendez-vous osté/étiopathique et j’ai été informée du risque de crise post séance pouvant être assez intense. Je vérifie donc mes batteries de V-Pen Canaliz (ciagrettes électroniques à base de cannabinoide) afin d’être prête si la crise arrivait.

Et puis je termine par me dire qu’il serait peut-être temps que je m’offre la Rolls des vaporisateurs de poche soit : le Mighty. Et magie magie, il est proposé sur le site qui me fournit en V-pen : Cannaliz ( je n’ai trouvé que ça depuis que Kannavape a fermé et j’en suis très satisfaite, je les prends à 7%).

Contrairement aux V-Pen classiques qui sont remplis de E-Liquid, le Mighty peut s’utiliser avec de l’huile ou des plantes. Je n’y connais strictement rien mais il semblerait que ce soit le nec plus ultra. Pas besoin d’avoir fait Polytechnique pour imaginer que vapoter de l’huile pure ou de l’herbe pure est forcément moins nocif que de vapoter sur du E-liquid (fait à base de propylène glycol).

Mais je suis consciente que si je passe inaperçue avec mon V-Pen (je peux fumer dans la rue sans être jugée, l’odeur ne ressemblant pas vraiment à celle d’un pétard et la taille étant similaire à une cigarette électronique de base) le Mighty est quant à lui relativement gros et reconnaissable de tout fumeur de joints qui se respecte.

J’imagine qu’il me sera alors compliqué de vaporiser dans la rue avec ce gros machin qui risque de sentir, ce qui me contraindra à justifier de sa légalité (et qui risquerait de me coûter une nuit au poste afin que des analyses sur mon herbe soient effectuées, une fin de soirée comme on les aime !).

 

Si je vapote c’est JUSTEMENT pour pouvoir vivre normalement.

Autrement dit, je suis condamnée à rester vapoter le nec plus ultra chez moi, ce qui n’est pas le but de la manœuvre. En effet, si je vapote c’est JUSTEMENT pour pouvoir vivre normalement, soit continuer à faire du sport, aller au théâtre, dans des bars et aller danser si j’en ai envie !

Alors quoi ? Je dois vapoter chez moi, filer en soirée et revenir vapoter avant de dormir, en bref je dois me cacher si je veux me soigner de manière naturelle. Bien sûr je considère comme déjà plus naturel de vapoter du E-liquid que d’avaler du méthotrexate, de la cortisone et autres sortes de réjouissances qui ne soignent pas mais mettent en sourdine nos douleurs.

Mais si je souhaite aller au plus pur, je dois me cacher. Me cacher et payer donc.

 

Si j’avais été suivie de manière plus conventionnelle, je n’aurais pas dépensé un centime et je couterais à la sécurité sociale…

Car l’air de rien, vapoter, se masser les articulations avec des huiles essentielles, et se faire soigner par ostéo-étiopathie a un coût.

Rappelons quand même qu’une séance d’ostéopathie avoisine les 70 euros, que je dépense 20 euros en moyenne par mois pour mes recharges de E-liquid de cigarettes électroniques et que le Mighty vaut 300 euros à la louche sans compter le prix des plantes ou de l’huile.

Si j’avais été suivie de manière plus conventionnelle, je n’aurais pas dépensé un centime et je couterais à la sécurité sociale :

-1 paire de semelles à renouveler tous les ans

-1 séance de kinésithérapie par semaine pour des ondes de choc sur mes épines calcanéennes, étirements etc

-1 comprimé de cortisone, de pariet par jour

-Du méthotrexate toutes les semaines

-1 rendez-vous chez le rhumatologue tous les 6 mois avec analyses

-1 rendez-vous chez le gastroentérologue tous les 6 mois avec examens médicaux

Et puis tout cela sans oublier que tout ce schmilblick ne me soignerait pas, que mon emploi du temps serait dicté par ma maladie, aucune légèreté donc et probablement que je serais suivie par un psy et peut-être même sous antidépresseurs afin de m’aider à supporter cet emploi du temps très médical laissant peu de place à l’insouciance.

 

Comment est-il possible qu’en 2017, en France, l’on n’offre pas la possibilité aux médecins, pharmaciens de se former sur ces sujets-là? (…) Nous nous retrouvons absolument seuls face à ces nouvelles molécules.

Bon sang, comment est-il possible qu’en 2017, en France, l’on n’offre pas la possibilité aux médecins, pharmaciens de se former sur ces sujets-là, autrement dit sur ces molécules et leurs posologies. Parce qu’en plus d’être regardés avec de gros yeux accusateurs lorsque l’on vapote du E-liquid de CBD bien que légal (car THC < à 0,2%) on doit trouver nous-mêmes nos doses adéquates, celles qui nous soulageront.

Quand nos douleurs finissent par s’installer, le plus compliqué à gérer, au-delà de nos handicaps et douleurs, c’est bien cette errance médicale, ces analyses qui n’en finissent pas, ces doutes sur le nom qui sera donné à nos souffrances. Mais une fois ce joli nom attribué, si nous optons pour l’option que j’appelle « guérison en do-it-yourself », nous nous retrouvons absolument seuls face à ces nouvelles molécules. Nous faisons des tas de recherches pour nous familiariser avec ce vocabulaire du fumeur de joints, nous réfléchissons à toutes les options qui s’offrent à nous, planter soi-même ? Comment connaitrais-je mon taux de THC ? Non, trop risqué si mon taux est > à 0,3 % je serais dans l’illégalité et finirais en prison (et je doute qu’un super vaporisateur Volcano ou Mighty y soit autorisé, qu’on se le dise !). Trouver quelqu’un qui ferait pousser pour moi un pied légal ? Il faut vraiment avoir confiance, et puis ça peut prendre 6 mois pour donner des fleurs. Il nous reste pour seule option l’achat sur internet, on se fie alors à son instinct et à la pauvreté de choix qu’il nous reste.

Ce qui me révolte est là :  lorsque je me fournis en V-Pen de CBD je suis dans la légalité mais en France personne n’y connait rien ou feint ne rien y connaitre (le sujet étant tabou) et je suis contrainte d’acheter sans être certaine à 100% de la provenance de ce qui me permet d’atténuer mes douleurs sans effets secondaires. Je serai aussi dans la légalité lorsque je m’offrirai le Mighty avec des fleurs séchées ou de l’huile à moins de 0,2% de THC mais il me faudra me justifier en permanence lorsque je vapoterai et entre nous, en période de crise, finir en cellule ne m’excite pas franchement.

 

Et puis aujourd’hui le CBD me suffit mais lorsque les crises s’intensifieront (c’est possible même si tout en écrivant je touche du bois), j’aurai besoin d’une petite dose de THC. Laquelle ? Je l’ignore.

Et puis aujourd’hui le CBD me suffit mais lorsque les crises s’intensifieront (c’est possible même si tout en écrivant je touche du bois), j’aurai besoin d’une petite dose de THC. Laquelle ? Je l’ignore. Mais ce que je sais c’est que je serai dans l’illégalité même en optant pour une herbe à 0,3% de THC. Que l’on m’interdise de conduire à 0,3 % de THC comme on interdit de prendre le volant à 2 verres d’alcool dans les pattes, je le conçois et cela me semble être une évidence. Que je puisse être arrêtée vapotant à la terrasse d’un café beaucoup moins. (On n’interdirait pas à une femme enceinte de prendre un thé en bonne compagnie tout en prenant un Spasfon ? On ne la contraindrait pas à prendre son Spasfon chez elle, parce que si elle a mal elle reste chez elle, si ? Je ne suis pas enceinte et je ne me souviens pas de la dernière fois où j’ai avalé un Spasfon mais quand mes douleurs sont supportables, oui, je suis à la terrasse d’un café et je vapote.)

 

La seule option qui me restera sera de vapoter 5 lattes sur mon V-Pen pour avoir une dose de CBD et de fumer 1 latte sur un pétard lambda à fort taux de THC? (…) J’essaie simplement de ne pas penser à l’après espérant que de potentiels débats auront fait évoluer la législation. Et je continue à faire ma Jackie la débrouille.

Pour en revenir à une herbe élevée en CBD et faible en THC (mais supérieur au taux légal de 0,2%), rappelons qu’il sera bien difficile de la trouver.Le site Cannalize en vend mais ne peut l’exporter en France et les dealers vendant de l’herbe pour ses effets psychotropes n’en proposent qu’à de forts taux de THC, ce qui ne sera pas d’une grande aide pour soulager mes douleurs. Alors quoi ? La seule option qui me restera sera de vapoter 5 lattes sur mon V-Pen pour avoir une dose de CBD et de fumer 1 latte sur un pétard lambda à fort taux de THC ? Et puis j’imagine qu’il me faudra doser de cette manière mais en réalité je n’ai pas la moindre idée de ce qu’il me faudra vapoter pour soulager mes douleurs. Alors j’essaie simplement de ne pas penser à l’après espérant que de potentiels débats auront fait évoluer la législation. Et je continue à faire ma Jackie la débrouille et comme beaucoup de malades je serre les dents en espérant qu’une bonne fois pour toute on puisse trouver dans les pharmacies en France de quoi nous soulager afin de vivre comme nous l’entendons. Que l’on trouve des pharmaciens éclairés sur le sujet et ses posologies.

 

Le Sativex a été légalisé depuis 2014 (…) Les laboratoires ne s’étant pas encore accordés sur son prix, il ne semble pas pouvoir encore être prescrit.

L’avocat du diable répondrait que le Sativex a été légalisé depuis 2014. C’est vrai, mais d’une part il est réservé aux malades de sclérose en plaque, et les laboratoires ne s’étant pas encore accordés sur son prix, il ne semble pas pouvoir encore être prescrit. Cela fait donc 3 ans que certains l’attendent. 3 ans d’effets secondaires ne permettant pas de vivre pour autant normalement ou 3 ans à vivre dans l’illégalité donc. Quelles options réjouissantes pour les malades !

 

Montrons l’exemple en suivant la Belgique, la Suisse, les Pays-Bas, l’Espagne, le Luxembourg, l’Autriche (…) Pensez-vous qu’un jour je pourrai savourer mon Pastis, Arak, Raki, Ouzo en terrasse, mon guide dans une main, mon Mighty dans la poche ?

Alors allez, hop hop c’est l’heure du changement, de la modernité, notre pays se veut dynamique, alors montrons l’exemple en suivant la Belgique, la Suisse, les Pays-Bas, l’Espagne, le Luxembourg, l’Autriche… C’est aussi l’heure de la simplicité, du tout, tout de suite et moi là tout de suite, j’ai envie de faire la tournée des bars sur le dos de mon vélo, j’ai envie de me sentir poussée des ailes, d’oublier mes douleurs, de pouvoir programmer des vacances au bout du monde sans me demander si je risque de rater l’avion pour cause de longues négociations à la douane. N’oublions pas que ma prothèse de hanche sonne systématiquement : les portiques ça l’excite, y’a rien à faire ! Je subis donc déjà une fouille plus que pointue. Puis mes recharges de E-liquide ne sont pas censées être dans mes bagages à main. Imaginez l’état dans lequel je me trouve lorsque j’attends ma petite valise sur les tapis de l’aéroport une fois arrivée à bon port. Que ferais-je quand je me serai offert la Rolls des médicaments soit, vous l’avez compris, le Mighty accompagné d’herbe légale (et pourquoi pas légale à un peu + que 0,2 % de THC ?) ? Pensez-vous qu’un jour je pourrai les déposer à la douane à côté de mon téléphone et de mon passeport sans me justifier de rien, les mains dans les poches, avec ma petite tronche de future touriste ? Qu’en prime on me souhaitera un joli voyage et que ces vacances seront sublimées par le fait que je pourrai cesser de souffrir en toute légalité, sans regard réprobateur, que je pourrai savourer mon Pastis, Arak, Raki, Ouzo en terrasse, mon guide dans une main, mon Mighty dans la poche ?